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Revenue Based Financing ou levée de fonds : le match

Revenue Based Financing ou levée de fonds : le match

Dans l’écosystème tech, le succès s’est longtemps mesuré au nombre de millions levés, et non au chiffre d’affaires ou à la rentabilité. Pourtant, chaque euro de capital-risque encaissé dilue un peu plus les fondateurs. Le Revenue Based Financing (RBF) est né de ce constat : financer la croissance sans céder de parts. Mais opposer frontalement RBF et levée de fonds serait une erreur de débutant. La vraie question, pour un dirigeant, n’est pas idéologique, elle est stratégique : quel outil pour quel besoin ?

Le RBF, en pratique

Le principe est limpide : le financeur avance une somme calculée sur vos revenus futurs, et se rembourse en prélevant un pourcentage de votre chiffre d’affaires mensuel, généralement entre 2 % et 10 %, jusqu’à extinction de la dette. En contrepartie, il perçoit une commission forfaitaire, le plus souvent comprise entre 4 % et 10 % du montant financé, sans taux d’intérêt caché. Un coût comparable, sur le court terme, à un crédit bancaire classique.

Trois caractéristiques en font un outil singulier :

L’outil s’adresse aux entreprises numériques à revenus récurrents et traçables (SaaS, e-commerce, abonnements) disposant d’au moins six mois d’historique. Les éditeurs qui monétisent un modèle open source par l’abonnement ou le service managé y entrent pleinement : leurs revenus sont prévisibles et leur croissance se finance sans ouvrir le capital.

RBF vs levée de fonds : deux logiques opposées

Comparer ces deux financements revient à comparer deux philosophies de croissance.

La règle de décision en découle. La levée de fonds s’impose quand le besoin est lourd, l’horizon long et le risque élevé : deeptech, R&D pluriannuelle, conquête de marché capitalistique. Le RBF brille au contraire pour financer des dépenses à ROI mesurable et rapide (acquisition marketing, stocks, besoin en fonds de roulement) dans une entreprise dont les revenus sont déjà prévisibles. Diluer son capital pour financer une campagne d’acquisition rentable est rarement un bon calcul.

Le marché a mûri, et c’est une bonne nouvelle

Le RBF a connu son âge d’or en 2021-2022, dans un contexte d’argent abondant. La suite a été plus rude. La hausse des taux et l’augmentation du coût du risque ont fragilisé les modèles les plus agressifs. Symbole de ce retournement : Silvr, pionnier français du secteur qui avait levé 130 millions d’euros en 2022, s’est déclaré en cessation de paiement en juin 2025 ; ses actifs ont été repris par son concurrent Karmen.

Loin d’être un signal d’alarme, cette consolidation est rassurante pour un CFO. Elle a assaini le marché et laissé en place les acteurs dotés d’un pilotage strict du risque : Karmen, devenu la référence française, Unlimitd sur le e-commerce, ou des plateformes européennes comme Levenue et re:cap. La leçon est claire : le RBF est un outil de financement, pas une promesse de croissance infinie. Il s’évalue sur son coût réel rapporté à la durée, comme n’importe quelle dette.

Les pièges à éviter

Mal employé, le RBF se retourne contre l’entreprise. Trois écueils méritent une vigilance particulière :

Construire une pile de financement cohérente

L’erreur serait de chercher l’outil parfait. La bonne pratique consiste à assembler les financements par usage. Le RBF couvre les besoins court terme indexés sur les revenus ; la dette bancaire finance les investissements amortissables ; et pour consolider la structure financière dans la durée sans diluer, mieux vaut renforcer durablement son haut de bilan via des quasi-fonds propres. La croissance non dilutive n’est pas un produit unique, c’est une boîte à outils dont chaque instrument répond à une échéance et à un besoin précis.

Choisir l’outil, pas la mode

Le RBF n’a pas vocation à tuer la levée de fonds, pas plus que la levée de fonds ne disqualifie le RBF. L’un préserve le contrôle et la trésorerie pour financer une croissance prévisible ; l’autre achète du temps et des moyens pour les paris de long terme, au prix de la dilution. Le dirigeant lucide ne choisit pas par dogme, mais par adéquation : il finance chaque besoin avec l’instrument dont le coût et l’horizon correspondent. C’est cette discipline, et non la course aux millions, qui distingue les entreprises qui durent.


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